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Adaptations des doigts liées à l’escalade

Rappel : ces articles ont pour but d’informer, de conseiller et de vulgariser les connaissances sur 
les pathologies liées à l’escalade. En aucun cas ils ne remplacent une consultation médicale ou 
paramédicale personnalisée. Si vous cherchez un professionnel de santé formé aux spécificités de l’escalade, reportez-vous à l’annuaire des professionnels de santé.


Est-ce normal d’avoir les doigts plus gros avec la pratique de l’escalade ? Dans une moindre mesure c’est normal car vos tissus réagissent aux contraintes qui leur sont exercées.

 


Main d’un grimpeur de haut niveau qui présente une légère raideur associée mais pas de gène ou
de douleur.

 

Même chez des jeunes pratiquants l’escalade (à haute intensité ou non) on peut déjà observer sur des radiographies des modifications au niveau osseux (1). Elles correspondent à des élargissements à la base des articulations interphalangiennes proximales et distales des doigts, une hypertrophie de la corticale ou encore des signes de sclérose sous-chondrale. Ces modifications, qui ici ne sont pas associées à des douleurs ou à un diagnostic d’arthrose, sont corrélées avec l’intensité de la pratique.

Les adaptations ne s’arrêtent pas qu’au niveau osseux, les tissus ligamentaires, les tendons et les poulies augmentent leur capacité de résistance et cela se traduit par un épaississement de ces structures (2) (3).

De même, il est démontré que la corde d’arc physiologique, c’est à dire la distance entre le tendon et l’os augmente chez des grimpeurs expérimentés par rapport à des non grimpeurs (4). La distance moyenne est augmentée de 0,3 à 0,4 mm en regard des poulies A2 et A4. Dans l’étude il est mentionné que cela peut correspondre à une adaptation ou à une ancienne rupture partielle non diagnostiquée.

 

Échographie d’un doigt sain avec une vue de profil, les flèches désignent la poulie A2

 

La limite entre adaptation physiologique et pathologique ?

Le principal conseil que nous vous donnons est d’identifier si ces changements sont associés à de la raideur ou à des douleurs chroniques. Si c’est le cas cela peut évoquer que la charge exercée sur les doigts dépassent leur capacité d’adaptation.

Pour tester la mobilité de flexion de vos doigts nous vous invitons à regarder par exemple si dans la position « en griffe » vous êtes capable de toucher la paume de la main, et ceci comparativement entre vos deux mains et vos différents doigts.

 

Main « en griffe » avec une flexion complète

 

Si vous êtes limités ou gênez sur ce mouvement, pas de panique ! Pour autant il pourrait être adapté d’introduire un peu de mobilité dans une routine quotidienne. Voici un exercice simple pour entretenir sa mobilité des doigts en flexion :

 


Dans le cas de raideur ou de douleur liées à votre pratique, pensez à consulter pour avoir des conseils adaptés.

Article rédigé par Julien Rémillieux.

Sources :

(1) Schöffl, V., Hochholzer, T., & Imhoff, A. (2004). Radiographic changes in the hands and fingers of young, high-level climbers. The American journal of sports medicine, 32(7), 1688–1694. https://doi.org/10.1177/0363546503262805

(2) Schöffl, V. R., & Schöffl, I. (2007). Finger pain in rock climbers: reaching the right differential diagnosis and therapy. The Journal of sports medicine and physical fitness, 47(1), 70–78.

(3) Schreiber T, Allenspach P, Seifert B, Schweizer A. Connective tissue adaptations in the fingers of performance sport climbers. Eur J Sport Sci. 2015;15(8):696-702.doi:10.1080/17461391.2015.1048747

(4) Iruretagoiena, Xeber et al. “Longer Tendon-Bone Distances of the A2 and A4 Annular Pulleys in Experienced High-Level Sport Climbers: Injury or Adaptation?.” Wilderness & environmentalmedicine vol. 32,4 (2021): 450-456. doi:10.1016/j.wem.2021.07.008