Instabilité d’épaule chez le grimpeur : faut-il surveiller l’équilibre musculaire ?
Rappel : ces articles ont pour but d’informer, de conseiller et de vulgariser les connaissances sur les pathologies liées à l’escalade. En aucun cas ils ne remplacent une consultation médicale ou paramédicale personnalisée. Si vous cherchez un professionnel de santé formé aux spécificités de l’escalade, reportez-vous à l’annuaire des professionnels de santé.
Les douleurs d’épaule sont fréquentes chez les grimpeurs et peuvent notamment être liées à une instabilité gléno-humérale. Celle-ci peut être antérieure, postérieure ou multidirectionnelle et ne se manifeste pas nécessairement par une luxation. Le tableau clinique peut être varié : les sensations d’instabilité, de ressaut, d’appréhension ou de « déboîtement » lors de certains mouvements sont des signes évocateurs, mais ils ne sont pas toujours présents ou décrits par le patient.

Mouvement de derviche – grimpeuse : Clothilde Pfister
Des adaptations musculaires chez les grimpeurs
L’escalade impose des contraintes importantes aux muscles de l’épaule avec des mouvements qui peuvent être intenses et dans de grandes amplitudes, tout en étant parfois dynamiques. Il a été démontré que les grimpeurs présentent des adaptations de la force des rotateurs de l’épaule par rapport aux non-grimpeurs.
Une étude comparant 31 grimpeurs à 27 non-grimpeurs a notamment retrouvé un ratio de travail des rotateurs externes par rapport aux rotateurs internes plus faible chez les grimpeurs. Le ratio concentrique rotateurs externes / rotateurs internes était de 0,79 chez les grimpeurs contre 1,03 chez les non-grimpeurs (1).
Cette adaptation est cohérente avec les contraintes rencontrées lors des mouvements de traction, au cours desquels les rotateurs internes comme le muscle grand dorsal participent fortement au mouvement.
Quel lien avec l’instabilité ?
La stabilité de l’épaule dépend notamment de la capacité des muscles à maintenir la tête humérale correctement centrée dans la glène.
Ce contrôle ne dépend pas uniquement de la force maximale. La coordination entre les différents muscles, leur vitesse d’activation et leur capacité à produire une force dans différentes positions sont également importantes.
Des travaux réalisés chez des personnes présentant une instabilité gléno-humérale ont notamment montré des modifications dans les stratégies d’activation musculaire. Dans certaines instabilités postérieures, une activation inappropriée du grand dorsal associée à une diminution de l’activation de l’infra-épineux a notamment été décrite (2).
Il serait donc intéressant de s’intéresser non seulement à la quantité de force produite par chaque muscle, mais également à la manière dont les différents muscles travaillent ensemble pour stabiliser l’épaule.

Réception dynamique – grimpeur : Antoine Mougel
Une épaule mobile… qui doit être suffisamment contrôlée
La mobilité est une qualité particulièrement importante en escalade. Être capable d’aller chercher loin, de placer le bras dans des positions élevées ou avec une rotation importante peut représenter un avantage dans certaines situations.
Cependant, une grande mobilité de l’articulation gléno-humérale, parfois associée à une hypermobilité générale, peut également être associée à un risque plus important de blessure de l’épaule chez les sportifs (3).
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut chercher à réduire la mobilité d’un grimpeur. L’objectif est plutôt de s’assurer que cette mobilité est accompagnée d’un contrôle musculaire suffisant.
Que faut-il rechercher chez une épaule instable d’un grimpeur ?
Chez un grimpeur présentant des douleurs en lien avec une instabilité d’épaule, il semble donc pertinent de rechercher plusieurs facteurs :
- la force des rotateurs internes et externes, de manière analytique et en comparaison ;
- la mobilité gléno-humérale et la présence éventuelle d’une hypermobilité ;
- le contrôle de la scapula lors des mouvements ;
- la coordination entre les muscles de la coiffe des rotateurs et les muscles plus puissants comme le grand dorsal ou le grand pectoral ;
- la capacité à contrôler l’épaule lors de mouvements rapides et / ou dans des positions extrêmes ;
- les antécédents de luxation, subluxation ou épisodes d’instabilité.

Évaluation de la mobilité gléno-humérale en rotation externe
À retenir
Chez le grimpeur, l’observation d’un déficit relatif des rotateurs externes peut être un élément intéressant dans le bilan, mais il ne faut pas se limiter à un simple test de force. Une épaule peut être forte dans une position mais manquer de contrôle dans d’autres positions ou à certaines vitesses de mouvement. Aussi, bien qu’il ne faille pas forcément se focaliser uniquement sur le ratio RE / RI, cela peut orienter le travail de renforcement. Une manière efficace de tester cette force est d’utiliser un capteur de force de type traction ou pression.
Dans tous les cas, l’objectif ne doit pas être simplement de « renforcer les rotateurs externes ». La rééducation d’une épaule instable doit également intégrer le contrôle de la tête humérale, la coordination de la coiffe des rotateurs, le contrôle scapulaire, la proprioception et progressivement la capacité à stabiliser l’épaule lors de mouvements rapides et spécifiques à l’escalade.

Test de force avec un capteur de traction « Tindeq »
Article rédigé par Julien Remillieux.
Sources :
(1) Wong E.K.L., Ng G.Y.F. Strength Profiles of Shoulder Rotators in Healthy Sport Climbers and Nonclimbers. Journal of Athletic Training, 2009. 44(5): p. 527-530.
(2) Jaggi A., et al. Muscle activation patterns in patients with recurrent shoulder instability. International Journal of Shoulder Surgery, 2012.
(3) Liaghat B., et al. Joint hypermobility in athletes is associated with shoulder injuries: a systematic review and meta-analysis. BMC Musculoskeletal Disorders, 2021. 22: 389.
(4) Hoppe M.W., et al. Risk factors and prevention strategies for shoulder injuries in overhead sports: an updated systematic review. Journal of Experimental Orthopaedics, 2022.
Vertical Santé Formation